| RDM : Bonjour ! Merci de nous accorder un peu de votre temps pour cette interview. Entrons donc dans le vif du sujet, Café Bertrand sort un nouvel album intitulé « Les mains dans l’encre » ce mois ci. Pourquoi ce titre ? Combien de morceaux contient-il ?
Café Bertrand : Cet album a plusieurs raisons de porter un tel libellé ! Outre le fait que je colle toujours des titres à rallonge à tous les albums (Cf : « les airs empruntés » en 2005, « l’art délicat du rock and roll » en 2008), et outre le fait que phonétiquement je trouve que ça sonne, il y a de bonnes raisons à cela.
On peut dire pour résumer que la nouvelle mouture devait être composée des gens qui font aujourd’hui Caf’B, à savoir Nicolaï à la guitare, son frère Yuri à la batterie et Alain, dit « le sioux » à la basse. Il faut certes avoir de l’égo pour monter sur les scènes que Café Bertrand exhibe dans son cv, mais tu sais, l’égo, c’est comme le cholestérol, il y a le bon, et le mauvais. Un groupe doit être un havre de bonheur pour ses membres, un exutoire, et pour en arriver là, il faut savoir prendre du recul, analyser, faire des compromis, comprendre. Ils ont tout comprit.
A ce jour, les frangins et le sioux se sont investis avec moi dans ce nouvel album parce qu’on s’aime tout simplement, qu’on se connaît, qu’on se respecte et parce que faire un 3eme album de 15 titres demandait une vraie réflexion et un investissement sans pareil, parce qu’il fallait que ce soit comme ça et pas autrement, parce que sans cela, Café Bertrand aurait continué de tourner sûrement, mais en rond et là n’était pas le but.
Avec 20 ans de scène dans le cartable, tu peux imaginer que des titres, on en a pas mal et il était hors de question de délaisser certains titres faisant clairement partie du patrimoine de la formation et nous devions aussi composer des nouveaux titres capables de faire fléchir les panneaux indicateurs habituels du groupe et lui donner une nouvelle direction, c’est dire s’il fallait se retrousser les manches !
Alors aussi bien dans les textes que musicalement, tout devait être plus abouti, ce qui revient à dire plus pointu, plus fouillé, plus dépouillé parfois même, en tout cas plus efficace et ce, sans jamais porter préjudice à l’identité de l’entité. Avec une sentinelle pointant du doigt de nouveaux horizons, en cumulant le fait que nous voulions continuer à jouer certains titres, il a fallu ré arranger, réfléchir, oser, faire, non, si, ok, on a tous mit les mains dans le moteur, alors je me suis dit que « les mains dans l’encre » résumait bien les actes conjugués des quatre lascars que nous sommes. Ce sont nos différences qui font notre force commune, on a foncé droit devant, le rock en avant, le cœur en gouvernail, les mains dans l’encre.
RDM : Qu’est ce que cet album apporte à votre discographie ? Dans le style, la composition et quelles sont ses inspirations ?
CB : Il apporte une pierre à l’édifice mais pas n’importe laquelle, il y a plein de choses qui changent. On a toujours fait du rock, pas toujours le même, mais sans cesse du rock, il y a une phrase qui résume très bien cet album et le fonctionnement en général que connaît Café Bertrand, je crois la devoir à mon producteur d’ailleurs : « les chapitres se suivent, mais ne se ressemblent pas ».
Comme je le disais précédemment on a le même « style » puisque ça reste du rock, on a composé différemment puisque les membres sont différents, parce que nous changeons tous aussi, et surtout parce que ça nous ressemble. Les inspirations…très franchement, il arrive, et je crois que c’est vital pour un groupe qui compose, qu’on laisse ses influences aux vestiaires. Disons que nous ne les pensons plus comme avant, on ne cherche pas à faire comme « X » ou dans le style de « Y », on apprend la musique aussi par mimétisme, et j’aurai tendance à penser qu’ il faut tout connaître par cœur pour pouvoir mieux oublier ensuite et se laisser aller à vivre avec son art pour vivre de son art. Les inspirations viennent de nos vies, de nos vues, et elles deviennent nos voix, c’est comme ça que c’est fait cet album, naturellement, avec plein de choses différentes.
Une différence aussi par rapport aux anciens albums, là, nous avons invité des guests à jouer, comme Christophe Graciet à l’harmonica, un mec qui a joué dans Caf’B en 1993 et 1994 par exemple, qui tourne avec The Very Small Orchestra, Louis Bertignac,etc, un ami de plus de 20 ans aussi et qui a opéré sur « la relève » et « ils ont voté », la reprise de Léo ferré qui est en bonus track. Et puis il ya aussi Simon Jones, un violoniste londonien que j’adore et que j’avais rencontré à Londres alors que j’allais voir jouer Gillian Glover. Il jouait avec elle, on les a fait venir en France, en Suisse, on a vécu de supers moments, j’ai immédiatement pensé à lui pour des titres comme « Un monde à part » (où il vole le chorus de Nicolaï qui se retrouve en série limité avec son chorus de guitare absolument dément cela dit, mais qui ne se trouve que sur la version vinyle du titre, dans le pack collector sorti fin Janvier 2012 en pré commande). Simon joue aussi sur « Comme Amélie », « Sir John » et « Ils ont voté », amenant parfois un violon classique et acoustique, parfois un violon électrique. Certains titres font partie de la même « famille » sur cet album, mais ils sont fondamentalement tous différents les uns des autres, c’est là, le virage du groupe par rapport aux albums précédents.
Et puis il y a Roger Glover, le célèbre bassiste de Deep Purple, qui est devenu un grand ami (Café Bertrand a joué 40 fois en 1ere partie de Deep Purple entre Nov 2006 et Aout 2008). Il m’avait invité à chanter un de ses titres (« When the day is Done ») sur son album « If Life was Easy » sorti le 12 juillet 2011, alors j’ai fais de même, en sachant qu’il était quand même un peu plus pris que moi niveau disponibilités (rires) !
Là, on ne savait pas si ça allait se faire ou pas, ce n’était aucunement commercial (on va d’ailleurs offrir ce titre en téléchargement quelques semaines après la sortie du disque – 13 Février 2012) et puis Roger m’a écrit après avoir écouté nos maquettes et m’a dit « je ne saurais vraiment pas contre le fait d’enregistrer une basse sur un de vos titres » et il a enregistré une basse en featuring sur le titre « des cris », qui sortira aussi en clip début Mars. On a composé 25 titres, pour en garder 18 et en enregistrer 15. On voulait ce petit plus avec de surcroit une reprise, mais sans en faire trop, il y a une heure de musique pure dans cet album, pas une minute de plus, pas une de moins.
RDM : Vous avez dit dans le journal La Provence en janvier dernier que vous chantiez EN français « car le rock français n’existe pas, il est anglais ! »…parlez nous un peu de cette notion. Que pensez-vous de la scène rock en France ?
CB : Ce n’est pas une notion mais un fait établi, le rock est anglais et aucunement français ! Mais je n’ai pas dit exactement cela, j’ai dit que l’on faisait du rock EN français et pas du rock français, alors je m’en explique tout simplement. Musicalement c’est du rock c’est clair, mais je ne fais pas de textes en anglais, jamais et par ce simple fait je constate que l’on fait du rock mais en français.
La scène rock française est une appellation juste…difficile à définir. C’est un grand débat qu’il serait bien trop long d’ausculter ici, la scène rock en France, vous voulez donc dire, pour la grande majorité, ceux qui ne sont jamais programmés dans les festivals ? J’adore cette scène ! La scène indé est riche à en crever, variée, sincère, fougueuse, elle a faim, elle sonne dans son urgence et elle devient crédible de par son obstination. Là, comme dirait mon batteur Yuri, « pour moi c’est un graaaannnnd oui ! ».
Après, il ya les dinosaures qui m’ont insufflé de grosses doses de rock comme Noir Désir, les Roadrunners, No Man’s Land, Parabellum, par exemple mais on ne les voit malheureusement plus. Eiffel tient fièrement la chandelle, j’adore ce qu’écrit Romain Humeaux, leurs compos, c’est la même, c’est juste du pur taf.
Le plus intéressant est de citer comme ça des groupes qui font la scène rock en France et qu’on ne voit pas assez souvent car trop peu relayés par les médias et trop peu programmés dans les festivals, je parlerai de nos potes de Subsonic ,Wakkan Tribu, Sumsic, Chaek, Gonger Gonger, Cause, Triste Sire et j’en passe ! je suis un grand fan et un connaisseur de la scène rock française depuis ces 20 dernières années, je n’écoute que ça pratiquement, je l’aime cette scène, on ne la voit pas assez très malheureusement.
On a eu la chance nous de tomber sur Gérard Drouot qui nous a apprécié en live et fait jouer avec Fogerty, Deep Purple, AC/DC, mais comme la scène rock en France, ces mecs là se font rare.
RDM : Quel est votre meilleur souvenir sur scène ? Y a t-il un concert qui restera particulièrement impressionnant ?
CB : Il y a des milliers de meilleurs souvenirs ! Mon meilleur souvenir sur scène, c’est toujours la dernière fois où j’ai joué avec mes frangins de Caf’B, bien entendu et un concert qui reste particulièrement impressionnant c’est forcément le Stade de France en ouverture d’AC/DC.
RDM : Quels sont vos projets en 2012 ?
CB : On a beaucoup de dates qui tombent, 17 dates étaient calées fin janvier 2012 et on espère dépasser la 50ene cette année encore car nos projets vont forcément de paire avec l’actualité que défend le groupe, le 3eme album, un clip, et sûrement encore un deuxième à la rentré de Sept 2012,et donc beaucoup de dates. On attaque aussi la Belgique par la face nord en Juin 2012 à La Fiesta du Rock à Liège ,on va repasser par la Suisse qui nous connaît bien aussi et on espère de grosses dates encore
dans toute la France, participer à Solidays parce que CAFB défend cette cause qu’est la lutte contre le Sida depuis plus de 15 ans, et foutre le feu aux Vielles Charrues, ou des festivals comme Dour en Belgique, le Paléo à Nyon en Suisse. Qui vivra verra, ça tombe bien, on a une envie de voir incroyable
Portrait chinois :
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